Les parfums du bitume après l’orage

Se laisser mener par le bout du nez. Tout ce que je déteste. Être libre c’est ne pas prendre du plaisir à se laisser mener « par le bout du nez ».

Et pourtant cet organe mystérieux, le nez, est un salopiau qui nous joue des tours au moment où on s’y attend le moins. Au détour d’une rue, en pénétrant dans une maison inconnue, ou en ouvrant un livre, et voilà que tout chavire en vous, à cause d’une odeur qui chamboule vos certitudes acquises au fils des ans. Vous voilà de retour à vos 15 ans quand celle que vous aimiez avait su vous envouter avec son parfum Eau jeune, mêlé aux effluves des premières cigarettes blondes, vous voilà en visite chez cette vieille tante qui aimait tant les chats, où encore dans cette bibliothèque paroissiale dont les livres embaumaient l’encre mystérieuse. C’est la confrontation avec l’odeur de l’orage sur le bitume chaud d’un été somptueux que je redoute aujourd’hui le plus. Cette odeur possède la clé de mes plus encombrants souvenirs. Alors, quand le ciel se charge de noir en juillet, quand il prend des tendances lourdes en aout, je me terre loin du bitume. En espérant ne pas être rattrapé par une autre fragrance que j’aurais oublié. Mais pas mon nez.

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