J’en connais un rayon

Amateurs de l’architecture des années vingt, poussez votre balade jusqu’à la marche de l’empire, le village de Cerbère au bout du bout du département. Après c’est Portbou, l’Espagne, le reste du monde. A Cerbère vous découvrirez un édifice peu banal, le Belvédère du Rayon vert, dont le nom invite déjà au voyage. Ce bâtiment tout en formes élancées, tel un bateau de béton armé amarré entre rails et plage, ne manquera pas de vous séduire. Pour apprécier au mieux l’architecture du Belvédère, il faut le voir non pas du côté de la route mais découvrir sa proue vue de la gare. Et elle a de l’importance cette gare, c’est parce qu’elle était là que le rayon le fut aussi. Alors pourquoi Cerbère ? Car c’est dans ce village que les voyageurs effectuaient leurs formalités douanières avant de changer de train. Et ce, pour une raison toute bête : les écartements des voies de chemin de fer n’étaient, et ne sont toujours pas, les mêmes des deux côtés de la frontière. Au Rayon vert ils descendaient alors pour un repas, une nuit ou bien plus. Idem pour les riches automobilistes qui devaient y laisser leur Torpédo et autres Hispano-Suiza au garage de l’hôtel, car la route s’arrêtait là. Il fallait poursuivre son périple hispanique par le train. L’hôtel vivait alors ses jours les plus fastes. Avec son cinéma, sa salle à manger face à la mer, son cours de tennis sur le toit, ses décors fastueux tout en art déco, il avait de quoi charmer les clients les plus aisés. La route finalement a été construite, puis la Guerre d’Espagne et la seconde Guerre mondiale ont eu raison de la fréquentation du site qui peu à peu s’est endormi dans ses souvenirs. Aujourd’hui l’ex hôtel est classé et on peut (sur rendez-vous) le visiter. On y retrouve toujours la saveur des années vingt et si vous tendez l’oreille vous pourrez entendre encore bruisser les robes de soirée et pétarader les bouchons de champagne. L’actuel propriétaire, descendant direct de celui qui a imaginé le Rayon vert, l’entretien avec ses moyens et espère un jour lui redonner son faste d’origine. Ah oui, pourquoi le Rayon vert ? C’est qu’en 1928 il était tout de vert peint. Et au lever du soleil, il se baignait dans une aurore verte assez indéfinissable. Quand je vous disais qu’il allait vous transporter.

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