Venise explique pour moi la métaphore de l’existence humaine, et pourquoi pas, celle de la civilisation. C’est un mélange savamment orchestré d’une beauté hors du commun côtoyant sans vergogne la pourriture des canaux oubliés. La ville combine le parfum suave des belles Vénitiennes et le remugle des arrière-cours. La vie côtoie toujours la mort, mais ici à l’ombre des palais somptueux, cette dualité vie-mort est habilement mise en scène. Est-ce voulu ou pas ? Est-ce une vue de l’esprit ou une réalité qui nous est montrée ? Venise est un opéra morbide qui fait l’apologie de la magnificence de la vie de son pouvoir de construction et de développement, tout en nous montrant le seul chemin promis en fin de course, la déchéance, la mort, la destruction. La Sérénissime a été puissante et riche, richissime même. Comme un vieil homme mourant, que l’on devine avoir été beau, musclé et en possession de tous ses moyens, Venise nous accueille souriante, et si ce sourire est édenté, les bras de ses canaux sont grands ouverts. Aujourd’hui, même si la star craque sous ses couches de Rimmel et les fientes des pigeons, on ne peut se résigner à ne plus l’aimer. On l’aimerait même plus encore car on la découvre fragile. Isolée du reste du monde par sa lagune, Venise rassemble en seul lieu le début et la fin d’un cycle universel. On admire ses richesses, on devine sa sagesse et son pouvoir, on cède à son charme et on ne peut échapper à la vision omniprésente de la décadence et de la mort, de sa propre mort. Maintenant que nous savons cela, nous pouvons contempler avec encore plus de plaisir les charmes de la ville, de ses églises, de ses places, de ses canaux, laissons-nous bercer par les multiples histoires d’amours qui ont trouvé ici leur écrin. Casanova et des dogaresses lubriques nous montrent le chemin.










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