Venise à la vie, à la mort


Pour moi, Venise c’est la métaphore même de l’existence humaine, de la civilisation. Mélange orchestré de la beauté et de la pourriture des canaux oubliés. C’est le parfum suave des Vénitiennes et le remugle des arrière-cours. Ici la vie pactise avec la mort, mais à l’ombre des palais, mais cette dualité vie-mort est mise en scène, tel un opéra morbide faisant l’apologie de la magnificence architecturale et politique, tout en nous montrant le seul chemin promis en fin de course : la déchéance, la mort, la destruction. La Sérénissime a été puissante et riche, richissime même. La star craque sous ses couches de Rimmel et les fientes des pigeons, mais on ne peut se résigner à ne plus l’aimer. On l’aimerait même plus encore car on la découvre fragile. Venise rassemble en seul lieu le début et la fin d’un cycle universel. On admire ses richesses, on devine sa sagesse et son pouvoir, on cède à son charme et on ne peut échapper à la vision omniprésente de la décadence et de la mort, de sa propre mort. Et ce ne sont pas Casanova et des dogaresses lubriques qui me démentiront.

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