Collioure plein soleil

La célèbre « cité des peintres », là où est né le fauvisme au début du XXe siècle, a vécu plusieurs vies. Et comme toujours, et comme partout, ce sont les artistes qui ont le mieux ressenti ces évolutions. L’artiste est un sismographe, ses œuvres : la bande image des époques qui muent. C’est ce que l’on peut découvrir jusqu’à fin septembre 2024 au Musée de Collioure. L’histoire, qui est picturalement mise en scène ici par Claire Muchir la directrice du lieu et de ses équipes, commence dans les années cinquante. C’est le Collioure des pécheurs aux mains noueuses et mégots récalcitrants aux lèvres, des Catalanes sans âge remailleuses de filets dans leurs fichus noirs de veuves, qui vont inspirer Claude Muchir, Edouard Pignon, Lucien Coutaud, Maurice Elie Sarthou et aussi l’emblématique peintre Willy Mucha. L’art se partage aussi à la table de l’amitié et le livre d’or de Mucha passe de main en main au grès des visites des peintres amis. C’est ainsi que ce livre regorge d’œuvres inédites de Picasso, Chagall, Dali, Dufy… Quel trésor.  Et puis, Collioure va peu à peu glisser dans le modernisme, la société des loisirs, le tourisme de masse. La bascule sera pyrotechnique. Symboles d’une époque révolue, les barques et leurs lamparos anachroniques dans ces années soixante finissantes, sont finalement embrasés dans un grand feu de joie, afin de dégager la plage et l’offrir aux visiteurs et aux touristes. Et Collioure se jette à corps perdu dans l’eldorado du tourisme. Et ce sont alors les baigneuses « en slip de bain », qui servent de modèles aux peintres. Aujourd’hui, les moins inspirés d’entre eux, ou ceux qui veulent surtout faire plaisir aux visiteurs, se contentent de croquer encore et encore, le célèbre clocher phallique. Collioure sera toujours Collioure.

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